Les troubles alimentaires : faut en parler!

Anne-Marie Lobbe Anne-Marie Lobbe

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ANEB 2018

Du 1er au 7 février, c’est la semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires. Les deux porte-paroles d’ANEB (anorexie et boulimie Québec), Catherine Brunet et Félix-Antoine Tremblay, comédiens de la série Le Chalet, nous partagent leur expérience avec les troubles alimentaires. Parce qu’il ne faut jamais avoir peur d’en parler…

 

Personnellement, comment votre vie a-t-elle été touchée par les troubles alimentaires?

Catherine : Pour ma part, je n’ai jamais vécu ça et personne dans mon entourage non plus n’a souffert de troubles alimentaires. Cette cause est venue me chercher parce que j’ai commencé à m’intéresser à l’image corporelle en général… À l’école secondaire et même à l’âge adulte, je remarquais que personne autour de moi n’était satisfait de son apparence physique. Et l’insatisfaction corporelle peut mener aux troubles alimentaires.

Félix-Antoine : Je viens du Saguenay et en arrivant à Montréal, je suis devenu ami avec Catherine Brunet. J’ai commencé à la suivre dans les événements qu’elle représentait, dont ANEB. C’était nouveau pour moi d’apprendre qu’il y avait des services pour les troubles alimentaires. Ma mère souffre et a souffert de troubles alimentaires. Donc, c’était une découverte pour moi de réaliser qu’il y avait un service disponible pour aider ces gens-là. Je me suis senti touché, parce que j’ai vécu les troubles alimentaires comme accompagnant. Les personnes atteintes souffrent énormément, mais les victimes collatérales souffrent aussi, différemment. Elles en viennent à voir les contrecoups de cette maladie.

 

Pourquoi était-ce important de vous impliquer dans cette cause avec ANEB?

C : C’est le seul organisme au Québec qui vient en aide aux personnes atteintes de troubles alimentaires et à leurs proches. C’est très important d’avoir une aide immédiate pour quelqu’un qui souffre… Puis, c’est un trouble – une maladie – qui est tabou. Un peu au même titre que la dépression, il s’agit de troubles mentaux. C’est comme avoir un cancer, mais puisque c’est dans la tête que ça se passe, c’est une maladie qui est prise plus à la légère… Il y a quelque chose qui me touche là-dedans, de faire connaître ces maladies-là, de dire que oui, ça existe et que c’est possible d’en guérir.

F-A : Plus ça va, plus on se conscientise… Est-ce que moi j’ai quelque chose, ma relation avec la nourriture, mon corps et mon estime personnelle est-elle saine? On ouvre de plus en plus les discussions. Il existe plusieurs types de troubles alimentaires, pas seulement l’anorexie et la boulimie. Certaines personnes développent une obsession sur les calories et passent beaucoup de temps à regarder les boîtes des aliments à l’épicerie. D’autres vont s’entraîner six fois par semaine. Ce n’est pas sain! Il y a une foule de façons de voir un trouble alimentaire se traduire, alors plus on en parle, plus on va démystifier ça.

 

Catherine, d’après toi, pourquoi les troubles alimentaires semblent-ils toucher plus les femmes?

Un trouble alimentaire, c’est physique, c’est sociétaire, c’est environnemental. Je crois que les femmes, depuis toujours, ont été plus soumises à « sois belle et tais-toi », au fait d’avoir un corps parfait et d’être jolies, à cette image de la perfection et de la femme objet… Je pense qu’il y a quelque chose là-dedans qui doit jouer beaucoup.

 

Félix-Antoine, on parle de plus en plus du fait que les hommes aussi sont touchés par les troubles alimentaires!

Il y en a beaucoup, même! C’est difficile de voir la ligne, où tu en es et si tu as un problème… Avec tout ce qu’on nous bombarde sur les réseaux sociaux aujourd’hui, c’est facile de devenir un peu obsédé et troublé, de se poser des questions et de vouloir atteindre une certaine perfection, d’avoir un contrôle dans une perte de contrôle. Les gars, ça va être plus dans l’entraînement extrême : vouloir avoir un corps découpé, vouloir prendre des muscles et bien manger. Ne pas être capable de sauter une journée d’entraînement. L’image qu’on nous renvoie du corps masculin parfait, le corps qui excite et fait rêver, c’est certain que ça rentre dans notre tête. Même moi, je n’ai pas de trouble alimentaire, mais des fois, il faut que je me parle pour me dire que là, ça n’a pas de sens! C’est pour ça que l’idée de promouvoir la diversité corporelle est vraiment au centre de la mission d’ANEB. Je ne dis pas que c’est mal de s’entraîner et de faire attention à ce qu’on mange! Mais, tout est dans l’équilibre. Il faut réussir à ne pas se priver et à avoir du plaisir, dans la vie. Tsé, manger une pizza c’est le fun. Personne ne peut dire que ce n’est pas le fun!  

 

Qu’est-ce qu’on peut faire si on soupçonne qu’un de nos proches est aux prises avec un trouble alimentaire?

C : Le meilleur truc, je dirais, est de ne surtout pas mettre l’emphase là-dessus lors des repas. Ne pas dire des choses comme : « tu ne manges pas beaucoup », « tu n’as pas faim? », « ah goûte à ça, c’est bon! » ou « voyons, il me semble que ça fait longtemps que tu n’as pas mangé! ». Ni de faire des commentaires sur le poids ou l’apparence physique de la personne. Il faut simplement être là et être à l’écoute. Par exemple, si on soupçonne un proche d’avoir un trouble alimentaire, on peut ouvrir par hasard la page du site Web d’ANEB ou laisser traîner le numéro de téléphone quelque part… Il ne faut pas forcer la personne à en parler, car ça peut la pousser à l’isolement.

F-A : Je dirais que les trois règles, c’est de l’écoute, de l’empathie et de la patience. Il faut être là quand la personne est prête à s’aider. Des fois, c’est ce qui est difficile : de rester sur le bord de la piscine pendant que la personne se noie, mais dès qu’elle tend le bras, il faut que tu sois capable de lui donner. Que tu sois assez solide et en dehors de l’eau. Ça peut paraître long, tu peux te sentir impuissant ou vouloir en faire plus, mais il faut juste être là, tout simplement.

 

Quelques trucs pour apprendre à moins mettre le focus sur notre apparence physique?

F-A : Tous les types de corps sont beaux! Ç’a en prend vraiment pour tous les goûts et il faut embrasser ça. Le jour où on va arrêter de se comparer et de glorifier le culte de la beauté et du corps parfait, on va apprendre à voir ce qu’il y a dans l’emballage plutôt que de mettre le focus sur l’emballage.

C : Tout le monde veut être unique, mais personne n’accepte d’être différent… Avoir un corps parfait comme le montrent les médias et les médias sociaux, ce n’est pas ça qui fait qu’une personne est belle et intéressante. Il faut se détacher de ça et s’habiller comme on veut : si une journée, on a le goût de se mettre des joggings et d’avoir les cheveux gras, on a le droit! Il y a tellement d’autres choses que l’apparence physique. Avoir un corps comme ton idole sur Instagram, ça ne te rendra pas plus heureux!

 

Les troubles alimentaires, c’est aussi…

La bigorexie, une impression d’être trop mince ou jamais assez musclé.

L’orthorexie, une obsession de manger sainement.

L’anorexie nerveuse, une peur intense de prendre du poids, une distorsion de l’image corporelle, de s’éloigner de ce que la personne associe au corps parfait.

La boulimie et l’hyperphagie boulimique qui, elle, se caractérise par des compulsions alimentaires, sans méthodes compensatoires (régimes drastiques, périodes de jeûne, vomissements provoqués, etc.).

PS : Faut en parler!

ANEB : http://anebquebec.com

Ligne d’écoute : 1-800-630-0907 ou 514-630-0907

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