Témoignage : le suicide a touché ma vie trois fois

Anne-Marie Lobbe Anne-Marie Lobbe

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Fille avec café en automne

Apprendre qu’un de nos proches s’est enlevé la vie, c’est comme perdre une partie de notre propre vie… Au fil des années, Marie-Christine a été touchée de près par le suicide, alors que 3 de ses amis ont mis fin à leurs jours. D’abord en tant qu’adolescente puis comme jeune adulte, elle a dû se relever de cette triste épreuve. Cette histoire, c’est la sienne.

 

Un dimanche soir pas comme les autres

J’étais en secondaire 5. Un dimanche soir, j’ai reçu l’appel d’une amie pour m’annoncer qu’un autre ami venait de s’enlever la vie. Je m’en rappelle clairement encore. Elle a demandé si j’étais assise, avant de commencer à parler. J’ai trouvé ça bizarre… L’image est claire dans ma tête : j’étais assise à côté du téléphone dans la cuisine, près de la porte-patio.

«Sur le coup, on dirait que je ne l’ai pas vraiment réalisé. C’est plus le lendemain, à l’école, avec tout le monde que ça m’a frappée.»

Je n’ai pas su les raisons pourquoi mon ami s’était enlevé la vie. Ça faisait deux semaines que je ne lui avais pas parlé. J’avais énormément de difficulté à comprendre ce qui venait de se passer…

 

Un an plus tard...

Environ un an plus tard, le suicide est revenu me toucher. À l’époque, j’avais un boulot dans une station d’essence. C’est une fille avec qui je ne m’entendais pas bien qui a appelé où je travaillais pour m’annoncer qu’une amie qu’on avait en commun avait mis fin à ses jours. Elle a passé par-dessus le fait qu’on ne s’aimait pas pour m’annoncer la nouvelle. Disons que j’ai trouvé ça spécial de l’apprendre comme ça… Ça m’a complètement démolie. Mon amie a laissé une lettre expliquant son geste, mais, à ce jour, je n’ai jamais su ce que celle-ci contenait.

 

Une sombre journée d'été

Puis, à 25 ans, le suicide a encore frappé ma vie. Je me souviens, c’était à la fin du mois d’août. Une de mes grandes amies qui avait été là pour moi tout au long de mon secondaire – probablement une des périodes les plus marquantes de la vie – venait elle aussi de mettre fin à ses jours.

«Ç’a été extrêmement difficile de m’en remettre. Par contre, ses parents ont décidé d’afficher sa lettre d’adieux au salon funéraire. Lire et connaitre ses derniers moments m’a aidé, d’une certaine façon.»

Au fil de la lettre, on voyait son écriture changer, car elle était en train de partir… Oui, dans un sens, c’était peut-être plus « hard », mais c’était peut-être plus facile de faire le deuil en sachant. Tu les as ses raisons, elles sont là et tu ne peux pas les ignorer.

«Ça m’a pris beaucoup de temps avant de pouvoir tourner la page… J’ai eu des sentiments de culpabilité et des regrets. Mon ami, en secondaire 5, m’avait appelée quelques jours avant sa mort et j’avais oublié de retourner son appel. Puis là, il n’était plus là! Mais, j’ai compris que ce n’était pas de ma faute et que même si j’avais retourné son appel, je n’aurais peut-être pas détecté des signes de détresse.»

Aussi, avec mon amie qui s’est enlevée la vie quand j’avais 25 ans,  ça faisait un petit moment qu’on n’était pas en bons termes. Je m’en voulais de ne pas avoir eu le courage de l’appeler avant pour arranger les choses.

Peut-être deux semaines avant son suicide, j’ai remarqué qu’elle avait un compte Facebook et j’ai voulu l’ajouter parmi mes contacts. J’ai hésité, puis je me suis dit : “Ah, une autre fois”. Je n’ai jamais eu cette chance. Je m’en voulais de ne pas avoir eu le courage de le faire.

« Cependant, je ne peux pas vivre en me disant ça, car sinon, je ne pourrai pas vivre ma vie comme il le faut. Chacun réagit différemment : est-ce que tu vas te laisser abattre par ça ou tu vas être capable, malgré tout, de passer à travers? On ne peut pas juger personne, ça dépend vraiment de chacun. »

C’est difficile à expliquer, mais je n’ai pas été surprise que mon amie ait décidé de mettre elle-même fin à ses jours… Du plus loin que je me rappelle, déjà en secondaire 1, elle n’était pas heureuse. Elle n’était pas heureuse du tout dans cette vie-ci. Elle avait commencé à prendre de la drogue très jeune et ce n’était pas pour rien : c’était pour s’échapper de la réalité. Elle l’a d’ailleurs mentionné dans sa lettre. Même après toutes ces années, c’est comme si je m’y attendais qu’un jour, j’allais avoir cette nouvelle-là pour elle…

 

Trouver des forces pour continuer!

Ça peut sembler bizarre, mais je suis allée voir une voyante. Je lui ai posé la question à savoir si mon amie m’en voulait encore… J’avais le cœur serré et les larmes se sont mises à couler sur mes joues. La voyante avait les yeux fermés, elle ne me voyait pas, et elle m’a dit : “Ne pleure pas, je ne veux pas que tu aies de la peine. Je suis bien où je suis”. C’est comme si mon amie me disait, à travers la voyante, que c’était correcte et qu’elle m’avait pardonné. Et ç’a été la même chose de mon côté.

«On ne se remet jamais complètement du suicide d’un proche. On apprend à vivre avec la douleur, la peine et à la gérer, surtout. On continue d’avancer parce qu’on est encore en vie.»

Il y a des gens autour de nous qui nous aiment. Pour ma part, j’ai des pensées nostalgiques, mais aussi des souvenirs heureux de mes 3 amis qui ne sont plus là.

«Encore aujourd’hui quand je passe en voiture devant le cimetière où repose l’une de mes amies, je la salue, j’envoie un petit bec en l’air et je lui dis que je pense à elle.»

Quand on vient de vivre le suicide d’un proche, il faut aller vers les autres pour qu’ils nous réconfortent et nous aident du mieux qu’ils le peuvent. Ça semble ne pas être grand-chose, mais ça aide beaucoup. 

 

Garde-pas ça en dedans!

On le dit souvent, mais il est important de chercher de l’aide et d’en parler. Que ça soit une personne qui a des idées noires ou quelqu’un qui vient malheureusement de vivre le suicide d’un proche, il ne faut pas rester seul là-dedans. Parce que si tu restes seul avec tes idées noires, ça va être très difficile de remonter à la lumière… Je sais que le pas pour chercher de l’aide peut être difficile à faire, mais il faut le faire. Pour qu’on puisse te garder avec nous autres.

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