J’ai été victime d’un vol à main armée au travail: voici mon histoire

Anne-Marie Lobbe Anne-Marie Lobbe

Le

Gun

Les mains qui tremblent et qui peinent à ouvrir la caisse. Une voix forte, sévère et effrayante qui répète de lui donner de l’argent. Une arme à feu beaucoup trop près. Ces images peuvent très bien décrire une scène de vol dans un film d’action, mais elles représentent aussi la dure réalité, pour certaines personnes… Caroline a été victime d’un vol à main armée, dans une boutique où elle travaillait. Cette histoire, c’est la sienne.

J’étudiais à l’université et j’étais super heureuse, car je venais de décrocher un boulot à temps partiel dans une boutique spécialisée du centre-ville de Montréal qui me faisait vraiment triper. À mes yeux, c’était l’emploi étudiant de rêve! Ça ne faisait peut-être qu’une semaine que je travaillais là. Je venais de finir ma formation. Un homme est entré dans la boutique et s’est mis à en faire le tour. Ça va sembler bizarre, mais je trouvais qu’il dégageait une drôle d’énergie… Il semblait sur le « gros stress ». Il regardait partout.

J’ai pris le téléphone pour faire un appel que je devais faire pour le boulot, en me disant qu’il allait bien finir par partir. Mais, en raccrochant, il s’est approché de moi et il m’a dit : « dépêche, donne-moi l’argent de la caisse! ». Il avait une voix insistante et c’était un homme plus grand et costaud que moi. Il n’était pas armé, du moins, il ne m’a pas montré d’arme.

Mais son ton disait tout : je ne me serais pas opposée à ses demandes. On se fait toujours dire qu’il faut collaborer et ne pas mettre sa vie en danger… Ce qui m’a traversé l’esprit, à ce moment, ce sont les mots d’une ancienne collègue de travail : « il ne faut jamais regarder la personne dans les yeux ». Je me souviens de lui avoir demandé s’il voulait la monnaie aussi, car j’en avais beaucoup. Là, il est venu derrière le comptoir pour se servir lui-même… et il est parti. J’ai appelé la police.

Double frayeur

C’est deux jours plus tard que j’ai été victime, cette fois, d’un vol à main armée! J’étais seule. Un homme – qui était venu à deux reprises dans la boutique au cours de la journée pour s’informer sur un produit – s’est présenté à la caisse. Il a sorti une arme à feu et l’a déposée sur le comptoir. Je me rappelle qu’il m’a dit : « ne t’inquiète pas, je ne te ferai pas de mal. Je veux juste que tu me donnes l’argent ». Encore une fois, mon regard était baissé, parce que je voulais éviter de le regarder dans les yeux, alors tout ce que je voyais, c’était le revolver sur le comptoir! Je lui ai donné ce qu’il voulait et il est parti.

J’étais tellement sous le choc que j’ai eu de la difficulté à appeler la police. Pour que l’appel « sorte » de la boutique, je devais appuyer sur le « 9 », avant de composer le numéro. Donc : 9-9-1-1. Je n’y arrivais pas. J’ai dû m’y prendre à plusieurs reprises.

Cette fois, on a réussi à avoir un enregistrement, sur la caméra de surveillance. J’ai vu les images en reculant la vidéo, puis à nouveau quand je les ai montrées au policier. C’était comme si je voyais un film de ce qui m’était arrivé, en plus de l’avoir vraiment vécu.

L’après-coup

J’ai pu prendre quelques jours de congé et j’ai eu beaucoup de soutien de mes amis et de ma famille. J’étais vraiment ébranlée et lui – l’homme de ce second hold-up – m’est resté longtemps dans la tête… C’était l’été, alors j’essayais de faire des activités pour me changer les idées. Je courais les festivals et je multipliais les sorties. Je ne voulais pas nécessairement en parler à tous les membres de ma famille, car j’avais peur qu’ils s’inquiètent pour moi. Je ne voulais pas qu’ils me conseillent de ne pas reprendre ce boulot. Je trouvais ça cool de travailler dans cette boutique plutôt que dans une épicerie ou une pharmacie!

J’ai fini par retourner travailler. Je réalisais que je venais de vivre un grand choc, mais je ne comprenais pas trop ce qui se passait en moi… Je faisais continuellement des cauchemars, presque toutes les nuits. Plus le temps passait, plus je faisais des cauchemars quand je vivais une situation angoissante. J’y revivais les mêmes émotions vécues lors de ces deux vols.

En fait, c’était une façon que mon cerveau avait de digérer tous les événements anormaux qui s’étaient déroulés, mais ça, je l’ai compris des années plus tard. Aussitôt que je me retrouvais avec des personnes sur l’adrénaline ou qui dégageaient une énergie semblable à celle des voleurs, ça me faisait peur. Encore aujourd’hui, j’ai le cœur qui m’arrête quand une personne sur un « high » d’adrénaline s’approche de moi. On dirait que j’absorbe cette émotion et ça me rappelle de mauvais souvenirs. Je dois me répéter que je suis en sécurité.

Utiliser les bonnes ressources

J’ai été chanceuse d’avoir un bon réseau autour de moi pour me soutenir. Par contre, avec le recul et le temps, je connais un peu plus les ressources qui sont offertes aux victimes d’agressions armées. Je suis plus familière aussi aux symptômes liés au choc post-traumatique. Oui, c’est toujours difficile d’aller cogner à une porte ou de prendre le téléphone pour appeler une ressource qu’on ne connaît pas afin de demander de l’aide… Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas fait appel aux ressources psychologiques de mon université. Mais, ce que je sais maintenant, c’est qu’il existe une foule de façon de venir en aide aux personnes comme moi. La CAVAC (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels), par exemple, peut intervenir au niveau post-traumatique et psycho socio judiciaire.

Mes cauchemars, mes flash-backs qui pouvaient survenir à n’importe quel moment : j’aurais pu avoir de l’aide pour mieux gérer ça. Après, je suis retournée travailler dans des boutiques, mais j’étais toujours sur mes gardes. J’avais peur que ça se reproduise. Mon corps a commencé à réagir mal au stress, car il était dans un état de panique constant, même si ça ne paraissait pas de l’extérieur. J’avais de gros maux de ventre et des problèmes digestifs, chaque fois que je travaillais. Puis, je n’étais plus capable de regarder des films d’action, parce qu’on y voit souvent des armes.

J’ai fini par m’en sortir grâce au temps… et au changement de milieu de travail. C’est drastique comme mesure, mais c’est ce qui fonctionnait pour moi. Cependant, c’est un regret que j’ai de ne pas avoir consulté, de ne pas avoir été chercher de l’aide, car je pense que j’aurais pu me rétablir plus rapidement.

Un traumatisme qui laisse des traces

Aujourd’hui, je fonctionne normalement, mais si je vais au dépanneur ou à la banque, j’ai souvent une pensée pour les employés. Au dépanneur près de chez moi, la caissière a un bâton de baseball à portée de la main. Ce n’est sûrement pas pour aller jouer au baseball! Ça m’indique qu’elle, elle a probablement connu plus d’un hold-up. Mais, elle a décidé de se « battre » en restant à son emploi, même si c’est à ses risques et périls! Parce qu’être victime d’un vol à main armée, ça ne s’oublie jamais. C’est un événement anormal et traumatisant.


Tu aimeras aussi:

En sécurité pendant une date Tinder : nos 12 meilleurs conseils

Date dangereuse

Le parfait profil Tinder
 

Le parfait profil Tinder

Comment savoir si on dépasse
es limites pendant une date?

Plus d'info sur

Tu pourrais aimer aussi