Hommes gais et image corporelle: une pression insoutenable et dangereuse

Catherine J. Lalonde Catherine J. Lalonde

Le

hommes homosexuels

Il y a quelque semaines, on m’a demandé de donner une petite conférence à un groupe communautaire d’hommes gais (et bisexuels) au sujet du « body positive » ou, en d’autres mots, l’acceptation corporelle. Bien que j’aie écrit sur le sujet, donné des entrevues à quelques reprises et que j’aie fondé cet été le Club des Formidables (une page Facebook et Instagram pour améliorer l’estime et la diversité corporelle), je me sentais un peu imposteur en tant que femme hétérosexuelle de m’adresser à une audience dont je ne connais pas si bien les enjeux. En quoi mon expérience et mes connaissances allaient leur être réellement utiles?

Comme la bonne recherchiste que je suis, j’ai décidé de me préparer le plus possible afin d’en apprendre sur l’importance et les impacts de la pression que se mettent sur les épaules beaucoup d’hommes gais pour avoir un certain type de corps. Évidemment, comme chez les hétéros, ces préoccupations ne rejoignent pas tout le monde mais, en quelques clics seulement, j’ai réalisé, statistiques à l’appui, que l’image corporelle occupait une très grande place dans la vie de beaucoup d’hommes de la communauté LGBTQ+. Je te présente donc cinq constats que j’ai faits à la suite de ma préparation et des discussions que j’ai eues avec eux lors de ma conférence.

1. L’image corporelle est la première préoccupation en matière de santé mentale

Selon une étude de la Chaire de recherche en homophobie de l’Université du Québec à Montréal (année de l’étude introuvable, mes excuses) sur les préoccupations en matière de santé mentale des jeunes LGBT de 30 ans et moins, l’image corporelle arrive en tête pour 61,4% des répondants. Viennent ensuite l’anxiété, la solitude et l’isolement, la dépression, etc.

2. Une pression intense d'avoir un beau corps

Dans une étude de mars 2017 du magazine gai britannique Attitude, 84% des répondants ressentaient « une pression intense d’avoir un beau corps » et celui 1% était « très heureux » par rapport à leur apparence. Selon les témoignages que m’ont offerts ceux à qui je donnais ma conférence, le dating scene serait difficile pour eux, notamment en raison des critères de beauté dans la commaunuté gaie. Que ce soit dans les clubs ou sur les applications (on m’a dit que c’était encore pire sur Tinder que sur Grindr !), la pression d’avoir un « beau corps » était immense. Cela pourrait expliquer pourquoi il y a autant de selfies d’hommes gais torse nu au gym... Par ailleurs, il existe aussi une forme de fétichisation selon le type de corps ou selon la provenance culturelle. Certaines personnes voudraient « essayer » des bear (plus gros, plus poilus et représentant une certaine image de la masculinité), des Noirs, des arabes... pas nécessairement par intérêt pour la personne dernière mais pour ce qu’ils représentent ou semblent représenter.

3. Les hommes gais sont plus suceptibles d'avoir des troubles alimentaires

Les hommes gais représentent environ 5% de la population masculine, mais parmi les hommes qui ont des troubles alimentaires, 42% s’identifient comme gais. Comparativement aux hommes hétéros, les gays et bisexuels ont plus de chances de vivre des troubles alimentaires. Bien sûr, on ne devient pas anorexique ou boulimique du jour au lendemain. On vit dans une société qui met beaucoup de pression sur les gens et les causes de ces problèmes sont multi-factorielles. Il semble que les troubles alimentaires fréquents chez les hommes gais sont la dysmorphie (image faussée, obsession par rapport aux détails d’une ou plusieurs parties du corps) et la bigorexie (obsession de l’entraînement, du développement des muscles, de la performance sportive).

4. Une corrélation intériorisée entre la beauté et l’acceptation de soi

J’ai lu aussi ceci dans un article de la BBC et ça m’a fait beaucoup de peine. Comme plusieurs personnes de la communauté LGBTQ+ ne se sentent pas acceptées en raison de leur orientation sexuelle, ces personnes pensent que si elles ont l’air beaux et belles, elles seront davantage aimées. C’est tu pas assez épouvantable ?

5. Le body positive ça fait du bien à tout le monde

J’avais peur que mes connaissances et mon expérience ne soient pas pertinentes pour mon atelier, mais finalement j’ai réalisé que le fait que j’aie moi-même vécu des problèmes d’image corporelle et des troubles alimentaires, que j’en parle ouvertement et que je sois à l’écoute des problèmes et des interrogations des autres, ça semblait toucher tout le monde. Grand, petit, gros, mince, homme, femme, latinos, gais, etc. on vit tous, à différents degrés, des inquiétudes ou des distorsions par rapport à notre apparence. C’est pour ça que le body positive est réellement utile pour tous.


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