Petit récit de voyage d'un coeur brisé

Fille avec sac à dos devant montagnes

On a tous déjà eu le cœur brisé (si ce n’est pas le cas pour toi qui lit ceci, je t’envie, tellement). On a tous aussi déjà eu envie de partir pour se guérir. On ne le fait pas tous, et certainement pas chaque fois qu’on a le cœur en miettes, pour diverses raisons… Mais parfois, on prend son passeport et son courage à deux mains et on part. Pour vrai. On saute dans le vide, on s’envole pour oublier, pour « changer le mal de place », pour fuir aussi peut-être, et assurément pour se retrouver. Je l’ai fait, voici comment ça s’est passé.

Le courage de partir

L’idée n’était pas forcément de partir loin, mais de partir point. Je me suis donc envolée pour la Nouvelle-Écosse l’été dernier, le cœur remplit d’émotions contradictoires : du bonheur, beaucoup, de partir en voyage. Des serrements de cœur une fois à l’aéroport, là où lui et moi nous rendions si souvent lors de nos nombreux escapades et périples à travers le monde. Fière de prendre ma vie (et ma peine) en main, de lui dire « Ciao bye » le temps de quelques jours de découvertes. Excitée de partir à l’aventure, de revoir l’océan, de respirer l’air marin à nouveau, de m’aérer les esprits au grand air et de pouvoir disperser les relents de ma peine dans le vaste de ces grands espaces qui m’apaisent à tous les coups.

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L’avion, cette thérapie

Je ne compte plus les lettres - longues, bien longues - que j’ai écrites en avion. Les grandes décisions que j’ai prises aussi, du haut des airs, à mi-chemin entre un là-bas et la maison. Je ne compte plus les trames sonores sur lesquelles j’ai réfléchie (fort), pesé le pour et le contre de diverses situations, pleuré aussi de joie ou de douleur. Assise dans cet avion pour Halifax cet été, mon cœur s’est fait aussi imprévisible et turbulent que le ciel qui me portait. Alors j’ai écrit, beaucoup pour me libérer. En savourant toutes ces émotions qui me confirmaient au moins une chose : que j’étais bel et bien vivante. 

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L’arrivée

Il y a dans l’arrivée dans un nouveau lieu un exaltant souffle de liberté. Comme si soudainement tout était possible, que les souvenirs douloureux et les problèmes étaient restés à la maison (ou mieux, disparus!), qu’on respirait soudainement mieux. C’est ce qui m’est arrivé en poussant la porte de l’aéroport d’Halifax, en montant dans l’autobus menant au centre-ville puis en marchant - seule, mais pas vraiment au fond – au bord de l’Atlantique. Je suis devenue ce cliché de la fille qui se balade au bord de l’eau, les cheveux flottant au gré de l’air marin, et c’était parfait. En m’assoyant sur une chaise Adirondack (comble du cliché canadien maritime!), je me suis félicité d’être partie ainsi, en solitaire, d’être de cette trempe de femmes (ou d’humains) qui vivent leur vie à fond, qui osent et qui n’ont pas peur de prendre leur peine par le collet pour la regarder en face. Évidemment, j’avais encore mal, mais je n’ai pas pleuré à ce moment-là, j’étais plutôt sereine, en paix avec moi-même. Loin de tout mais plus près de moi.

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Les nouveaux amis

Je ne répéterai jamais assez à quel point on inspire les nouvelles rencontres lorsqu’on voyage seul (e). Peut-être parce que notre ouverture transparaît dans notre attitude, que notre envie de goûter à tout de cette nouvelle culture et de ce nouvel endroit se sentent? Dans le premier café où je suis entrée, le premier matin de ce voyage en Nouvelle-Écosse, je me suis rapidement retrouvée en pleine discussion avec une fille très cool qui m’a invité à sortir avec elle et ses amis le soir venu. Et tous les autres soirs de mon séjour en fait, tellement nous sommes rapidement tous devenus complices. J’avais ainsi le meilleur des deux mondes : les journées pleines de soleil à découvrir la ville et les villages voisins en solo tel que je l’avais désiré – et tel que j’en avais besoin – et les soirées avec les nouveaux copains qui se faisaient une joie de me faire découvrir les petits trésors cachés de leur coin de pays. Des soirées remplies de rires où, pas même une seconde, je ne pensais à ma peine.

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Le grand air comme le meilleur des remèdes

Je mentirais en prétendant que je n’ai pas eu un instant le cœur gros pendant ce voyage dans une ville qui – bra-vo! – ressemblait vraiment beaucoup à celle de mon ancien amoureux. Par contre, sur les berges rocailleuses de ce minuscule village de pêcheurs où j’ai passé un après-midi comme au bord des falaises majestueuses plongeant dans l’océan, j’ai saisi l’occasion de m’aérer à la fois le cœur, le corps et l’esprit au grand air. Parce qu’il n’y a rien comme l’étendue, la sérénité et la douceur sauvage des grands espaces pour raccommoder les cœurs brisés.    

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Se retrouver

Non, ce voyage n’a pas changé ma vie du tout au tout. Je n’en suis pas revenue guérie de tout ni fière de pouvoir dire que j’avais absolument tout laissé derrière. Par contre, ce voyage en solitaire m’a assurément permis de me retrouver, moi qui étais perdue depuis que je ne faisais plus partie d’un « nous », de ce « nous ». S’il n’est pas nécessaire de partir en voyage pour renouer avec soi-même, c’est tout de même pour moi, chaque fois, une expérience infiniment bénéfique. Seule avec moi-même dans un lieu inconnu, tout près comme à l’autre bout du monde, je me retrouve et ça me fait un bien fou.

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Le retour

Je suis revenue de ce joli recoin du Canada le cœur plus léger. Dans l’avion du retour, de la musique bien joyeuse dans les oreilles, j’ai pris des photos du soleil se levant sur Montréal que je retrouvais comme on retrouve un vieil ami. Ce qu’il y a de bien avec les voyages, c’est qu’ils nous offrent ce beau cadeau des retours tous doux à la maison. Il n’y avait personne qui m’attendait aux Arrivées et c’était bien correct ainsi. Correct parce que je savais que je m’étais retrouvée le long du chemin et que je « m’avais » moi. Un moi capable de partir découvrir le monde en solo, un moi bien plus fort que je ne le pensais, un moi retrouvé, prête à nouveau à aimer.

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